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L’accompagnement kiné de Serena Williams en 5 sets par son kiné, Grégory Visery

Mis à jour : juin 1

La pratique de la kinésithérapie dans le milieu du tennis professionnel présente des similitudes avec la prise en charge de sportifs amateurs dans nos cabinets de kinésithérapie. On retrouve les questions sur les étirements, sur le traitement des blessures, sur les diagnostics. Mais on retrouve aussi de nombreuses spécificités propres au monde de la compétition de très haut niveau !


En février dernier, nous avons eu l’honneur d’accueillir Grégory Visery, kiné de Serena Williams, au micro de notre podcast Maddie, Conversation avec un kiné.


Revenons en 5 sets sur les grands enseignements de notre échange avec Grégory.


🎙Ecouter le podcast : "Devenir, à 30 ans, le physio de Serena Williams"


1. Relation de confiance et alliance thérapeutique


Après ses études de kinésithérapie à Grenoble, Grégory entre immédiatement dans le football de haut niveau avec un passage par le club de Grenoble puis un recrutement en tant que kiné du club d’Evian Thonon Gaillard.


A 30 ans, au côté de la team @11leader d’Arnaud Bruchard, il devient un des 3 physios de Serena Williams. Talent, passion, travail et opportunité, le petit “frenchy” joue dans la cours des grands au côté d’une des plus grandes athlètes du sport moderne.


Nouveau paradigme : cette transition du sport collectif vers l’accompagnement d’une tenniswoman nécessite son lot d’adaptations : nouveaux codes, nouvelle forme d’alliance thérapeutique où la confiance “patient (ou devrais-je dire sportif) - praticien” est la clé de voûte de la réussite de cette collaboration thérapeutique.


L’équipe qui entoure Serena est nombreuse et soudée, on compte :

  • son entourage personnel

  • un sparring partner: Jarmere Jenkins

  • un entraîneur : Patrick Mouratoglou

  • 3 physios : Derrick Piersen, Ruben Mateu et Grégory Visery



Après une première semaine d’adaptation professionnelle et exploratoire à l’arrivée de Grégory dans le staff, les bases sont posées. Commence alors à se tisser la toile de l’alliance thérapeutique, celle qui façonne la relation entre un.e grand.e joueur.se et son staff médical et qui crée les conditions de la confiance réciproque.


Condition sine qua non au bon fonctionnement du staff d’un.e athlète ? La communication pardi !



Patrick Mouratoglou - Grégory Visery - Serena Williams



2. Communication : premier facteur clé de succès


Le tennis est un sport individuel, mais il y a un véritable travail d’équipe autour du joueur pro. La communication est un enjeu majeur.


Dans la team physio de Serena, un subtil trio de kinésithérapeutes aux backgrounds complémentaires :


  • Derrick Piersen , physio américain et préparateur physique. Aux US les physios sont doctorants.

  • Ruben Mateu, kiné et ostéopathe espagnol, porté sur des techniques invasives comme la remodulation ou le dry needling.

  • Grégory Viséry, physio français , diplômé de l’école de Grenoble, membre @kinesportexpert & @11leader, axé “evidence-based”.

S’agissant de l’accompagnement de Serena, les décisions se prennent de manière collégiale. Le rôle de l’équipe de physios est d’exposer les informations et les risques encourus au regard de la condition de Serena, à la recherche du meilleur consensus. Serena et son coach ont ensuite toujours le dernier mot.


Outre la barrière de la langue qui se franchit facilement avec l’anglais, cette diversité des parcours et cultures de kinés est une richesse pour la performance et la prise en charge de Serena, lui offrant leurs regards croisés, à l’aune du large éventail de leurs connaissances.



👉Lire l’article : Kinés à l’étranger


Pendant les matchs du grand chelem, un autre mode de communication s’installe, puisque les physios des joueurs doivent laisser leur place aux kinés de la WTA, dévolus et seuls autorisés à entrer sur les cours.


L’enjeu est donc de transmettre aux kinés du tournoi leurs indications de prise en charge en amont, la manière de strapper le joueur, etc.


En 2019, lors des 8e de finale, Serena se fait une entorse de la cheville. Grégory se doute du mécanisme lésionnel et des structures impactées. Le pronostic reste bon, elle arrive à marcher, on peut éliminer certains critères d’Ottawa. Les kinés dévolus ont eu en amont du match les consignes pour strapper et quel type de renfort appliquer.


Comment prévenir le risque de blessures sur des corps autant exposés ?




3. Prévention des blessures : le cas spécifique du tennis


Les matchs de tennis n’ont pas de limite de temps de jeu. Vous rappelez-vous de la rencontre entre John Isner et Nicolas Mahut à Wimbledon en 2010 ? Le match avait duré 3 jours et 11 heures !


On imagine assez bien les traumatismes auxquels le corps est soumis. Spécificité encore propre au tennis : les blessures impactent toutes les parties du corps :


  • 50% sont des pathologies des membres inférieurs : entorse de la cheville , lésions méniscales, tendinopathie du genoux, pathologie de la hanche …

  • 25% sont au niveau du tronc : lésion abdominale et discale

  • 25% sont au niveau des membres supérieurs, souvent dû au surmenage : lésion au labrum, SLAP lesion , tendinopathie...

La multiplication des tournois et l’amélioration des performances des joueurs et des équipements n’arrangent pas les choses en matière de blessures et soumettent le corps a davantages de contraintes.


“Il est maintenant courant d’observer des services à 200 km/h, aussi bien chez les hommes que chez les femmes.” illustre Grégory à notre micro.


En kinésithérapie dans la prise en charge des blessures, il est d’usage (et les études le prouvent), de considérer que la charge optimale est celle qui est tolérée en termes de douleur (EVA 4/10), comme la spécifié à notre micro, Arnaud Bruchard, kiné à la tête de Kinésport et fondateur de 11leader.


Mais s’agissant d’une athlète comme Serena qui a “un seuil de résistance à la douleur, très élevé”, le thérapeute est parfois confronté à une forme d’accoutumance à douleur persistante. “Entre 2003 et 2012, 63% des blessures qui ont eu lieu à Wimbledon étaient chroniques et seraient survenues avant Wimbledon”


👉Lire l’article : Kinés, découvrez 6 clés pour expliquer la douleur à vos patients


4. Choix des chaussures : les technologies de contrôle sur le plan latéral


Les caractéristiques des chaussures de tennis reposent globalement sur les mêmes critères que celles de la course à pied (poids, taille, drop…) mais ont une spécificité supplémentaire à prendre en compte : les technologies de contrôle sur le plan latéral.

Dans les matchs de tennis, les déplacements sont latéraux et brutaux, avec de nombreux changements de directions.


Comme en course à pied, on peut positionner les chaussures de tennis sur une échelle minimaliste-maximaliste, sans affirmer que l’un est meilleur que l’autre.

L’important est de trouver l’équilibre optimal entre le confort, la prévention des blessures et la performance en prenant en compte le jeu de l’athlète et ses antécédents.


👉Pour aller plus loin sur le chaussage en course à pied, lire l’article : “5 points clés sur la course à pied et la prévention des blessures

Dans le tennis, la surface du terrain (qui change d’un tournoi à l’autre) a de nécessaires incidences sur la nature des déplacements, des appuis et des chocs et engendre donc différentes contraintes subies par les corps des athlètes.


Dans le cas du jeu sur terrain dur, le coefficient de friction est fort ainsi que la contrainte sur les articulations. Il implique aussi des rebonds de balle rapide.


La terre battue offre un jeu plus lent ainsi que la possibilité de glisser. La préparation musculaire sera différente, davantage concentrée sur les contractions excentriques (ischio, adducteur)

Le gazon induit un jeu plus rapide avec un rebond plus bas, il change les patterns des blessures.


Ainsi, l’on constate que le danger n’est pas tant dans la pluralité des surfaces que dans le temps d’adaptation nécessaire pour passer d’une surface à l’autre.


La préparation serait-elle la clé ?


5. Préparation et récupération : ce qui se joue hors du court


Une des difficultés encore très spécifiques au tennis dans la préparation du joueur, par rapport au foot par exemple, c’est l’inconnue qui plane autour de l’heure du début du match (qui dépend en général de la fin du précédent) et la durée du jeu.


La planification, l’intensité de l’échauffement sont donc pour l'entraîneur et les kinés, un jeu d'équilibre fragile pour maximiser les chances du/ de la joueur.se d’être prêt.e pour le match. L’enjeu majeur en matière de préparation : mettre en place toutes les conditions de réussite pour que l’athlète n'ait qu’à se concentrer sur son jeu et rien d’autre !


👉Lire l’article : Conseils et parcours de kinés du sport à succès


S’agissant de la récupération, le temps “disponible” entre chaque match déterminera à quelle point elle est plutôt active ou passive.


Les 4R : tips livrés par Grégory pour schématiser les systèmes de récup :


  • Refuel : récupération énergétique

  • Rehydrate : hydrater l’athlète

  • Rebuild : récupération physique, réparation des tissus endommagés

  • Relax : récupération cognitive / faire passer le joueur en phase parasympathique pour faciliter la récupération


Par exemple, il est déjà arrivé à Serena d'enchaîner des matchs simples et doubles dans la même journée. Les physios ont donc dû mettre en place des stratégies de récupération active pour que Serena puisse jouer au maximum de ses capacités.



Serena Williams et Grégory Visery



“Tout est possible si on a la passion”


Pour écouter le podcast avec Grégory 👉 c’est par ici !





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