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Lutter contre la tête plate des bébés : prévention, bonnes pratiques et kinésithérapie

Dernière mise à jour : mai 31


“Laissons nos bébés tout le temps sur le dos, c’est plus prudent”


Voilà une idée reçue qui, comme “étirez-vous après le sport” et ces diktats en tout genre, mérite d’être creusée..et nuancée !


La recommandation de la HAS concernant l’endormissement des bébés sur le dos a permis de faire baisser le risque de morts inattendues de 76%. C’est un fait qui corrobore l’importance de se tenir formellement à cette recommandation.

Cependant, la pratique qui consiste à laisser son enfant continuellement positionné sur le dos ouvre la porte à une autre pathologie connue sous le nom de “syndrome de la tête plate”.

Les déformations crâniennes positionnelles (DCP) sont le résultat d’une pression répétée sur le crâne du bébé, dû à un manque de variation de positions.


Mathilde Elind est kiné spécialisée en pédiatrie. Au micro de Maddie, elle nous a parlé de plagiocéphalie, des manières de prévenir et de traiter ce « syndrome de la tête plate »



🎧 Ecouter le podcast complet : “Mon combat de kiné contre la tête plate





1. D’où vient la tête plate ?



Avant les années 90, on parlait assez peu de plagiocéphalie au vu de la rareté de ses manifestations.

Or, depuis les années 90 et les nouvelles recommandations de couchage sur le dos de la HAS, on observe une augmentation significative des bébés dont le crâne a tendance à s'aplatir.


On estime à ⅓ le nombre de bébés confrontés à la tête plate c’est à dire avec une déformation crânienne, quel qu'en soit le type (on y reviendra).


Cette déformation qui prend la la forme d’un aplatissement d’une partie du crâne, apparaît le plus souvent dans les premières semaines de vie et elle n’est pas à confondre avec la déformation du crâne parfois observée à la naissance (souvent lorsque des instruments ont été utilisés pour forcer la sortie du bébé par voie basse) et qui se résorbe en quelques jours.


D’ailleurs, s'agissant de la vie intra-utérine, aucune étude ne s’est véritablement penchée sur la question des DCP pré-natales. Mais pour Mathilde Elind, rien ne laisse penser qu’elles existent. Le bébé étant dans la poche des eaux, la pression sur le crâne semble faible. Cela se confirme dans les consultations dans son cabinet. Lorsque des parents rapportent à Mathilde une DCP de leur bébé, ils la datent toujours postérieurement à la naissance.


La cause des DCP est donc simple : une position allongée, maintenue trop longtemps (entre les nuits, les siestes et les moments d'éveil sur le dos), parfois couplée parfois à une position préférentielle du bébé, à un torticolis limitant. La déformation apparaît quelques semaines après la naissance, alors que la structure crânienne du nourrisson est encore mince et souple.



2. Plagiocéphalie, brachycéphalie, craniosténose, de quoi s’agit-il vraiment ?


Les déformations crâniennes positionnelles se manifestent de différentes manières :


  • La plagiocéphalie est une déformation qui se caractérise par un aplatissement asymétrique d’un côté du crâne souvent généré par un maintien prolongé du bébé allongé sur le dos couplé à une position préférentielle du à un torticoli par exemple.


  • La brachycéphalie se manifeste par un aplatissement symétrique de l’arrière du crâne et souvent un front qui a tendance à être bombé.



Schéma plagiocephalie et brachiocephalie

Argenta Clinical Classification of Deformational Plagiocephaly. Journal of Craniofacial Surgery



Quant à la la craniosténose, c’est une déformation crânienne non positionnelle dont est atteint un enfant sur 2000 naissances. Cette maladie est engendrée par la fermeture précoce d’une suture qui empêche alors la croissance normale du cerveau du bébé, dès la grossesse. C’est une pathologie qui nécessite souvent une opération mais n’est pas liée à la position du bébé.




3. Comment prévenir les déformations crâniennes positionnelles


Les DCP peuvent être évitées en mettant en place des habitudes et en veillant au comportement de son bébé. Car quand une tête place apparaît, il faut redoubler d’effort pour y remédier. La prévention est donc la clé.


Deux comportements qui doivent mettre la puce à l’oreille :


  • Le bébé regarde toujours du même côté : il est possible qu’il ait un torticolis ou qu’il développe une position préférentielle

  • Le bébé est souvent en hyperextension vers l’arrière : c’est-à-dire qu’il est sur le dos et se cambre en s’appuyant sur sa tête



Si le bébé est dans un des deux cas, il risque d’être sujet à une tête plate, il est temps de mettre en place quelques bonnes pratiques :


  • Entraver le moins possible son mouvement en le laissant sur son tapis de sol et en évitant de le laisser longtemps dans son cosy, son cocon ou autre contenant qui favorisent l’appui de la tête et l’empêche de bouger (on parle de “bébé moulé”)

  • Inciter le bébé à regarder du côté opposé à son côté préférentiel, par exemple en attirant son attention avec des jouets ou en lui parlant. La nuit, si le bébé a tendance à se tourner vers ses parents pour dormir, il est possible d’inverser la position du lit ou du bébé.

  • Porter le plus possible son enfant à bras ou en écharpe

  • Alterner la position du bébé à gauche et à droite quand on donne le biberon ou le mamelon

  • Faire attention à l’utilisation des coussins “anti tête-plate” qui risquent d’accentuer le phénomène (à utiliser sur recommandation d’un professionnel de santé)


Finalement, la clé pour prévenir ce syndrome c’est la variation des positions. Comme pour les adultes, la sédentarité est néfaste ! Bougeons et laissons nos bébés libres de leurs mouvements.



🤓 Pour en savoir plus sur l’importance de varier les positions, aussi bien pour les enfants que les adultes, lire l’article de Magali sur le télétravail et la sédentarité


4. La kinésithérapie spécialisée


La prise en charge de la tête plate est nécessaire et porte ses fruits si elle intervient le plus tôt possible. De 0 à 4 mois, le bébé a plus de chances de développer une DCP mais c’est également le moment où le rétablissement est le meilleur.

Après 18 mois, le crâne du bébé est irréductible.


Le mieux est donc de le prendre en charge le plus rapidement possible même si malheureusement, les parents sont souvent assez mal renseignés sur ce sujet dont on parle encore peu.



La plagio, même si elle a émergé dans les années 90, reste peu connue. Pour l’anecdote, Mathilde Elind n’a entendu parler de plagiocéphalie qu’au moment où elle s’est spécialisée dans la prise en charge mère-enfant, à la fin de ses études de kinésithérapie.


Pour les kinés pédiatriques qui veulent approfondir le sujet, des formations existent comme celle de Benoît Chevalier à Angers ou bientôt celle de Mathilde Elind (stay tuned 🙃) !


👉 Lire l’article : Faites évoluer votre pratique de kiné vers de nouvelles disciplines


5. Et QUID de l’orthèse crânienne, dite casque ?


Les orthèses ont pour but de canaliser la croissance du crâne : en appuyant sur les zones à rediriger et, au contraire, en encourageant la croissance dans les zones qui font défaut, grâce à la présence de « vide » dans le casque à ces endroits-là.


Attention cependant, le casque n’est pas magique et ses inconvénients sont nombreux .

D’abord, il peut être douloureux et irritant pour le bébé. Les frottements créent des “zones à vif”, parfois à sang, qui nécessitent de le retirer immédiatement de la tête de l’enfant.


Le casque est également cher (entre 1000 et 2000€ et non remboursé par la Sécurité Sociale (sauf dans certains cas). Attention surtout à se faire accompagner par un professionnel de santé spécialisé lorsque l’on envisage de type de prise en charge.


Quel que soit le choix du parent, l’accompagnement par un professionnel de santé spécialisé dans la plagiocéphalie et la poursuite du travail sur le développement moteur du bébé avec un kinésithérapeute demeure indispensable.


❤️ L'équipe Maddie 🤸‍♂️ Prenez soin de vous ❤️





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